MISE AU POINT

Marie Clerel : graver le ciel

L’artiste invente un dispositif qui lui permet de capter les variations des jours et de la nuit. Un travail sensible où elle utilise le médium photographique dans sa forme la plus primitive afin de révéler les traces de lumière. Une exposition à voir à la Galerie Binome à Paris.

Atrani, 12/02/19 15:30, série sans titre (ciels), 2016-19, courtesy Galerie Binome

À l’origine, la photographie était un travail qui requérait une grande patience. Il fallait éprouver le temps pour que la lumière vienne s’imprimer sur le papier, pour qu’une forme finisse par jaillir. Marie Clerel a gardé la leçon des anciens. Elle peut par exemple passer de longues minutes à attendre que se dessine le spectre d’un astre. C’est le cas notamment dans sa série consacrée à la lune et qu’elle a joliment intitulée Lunaisons. L’artiste a laissé le papier s’imprégner des rayons du satellite jusqu’à ce que la forme arrondie de la lune surgisse et fasse une arène parfaite, blanche, totale. Pas besoin d’un appareil photo, l’artiste se sert des procédés anciens tels que le cyanotype ou les Célestographies d’August Strindberg. La lumière vient directement frapper le papier et imprimer sa marque.

17:58 - 08:47, 21 janvier 2019 (super Lune) #4, série Lunaisons, 2019, courtesy Galerie Binome

Ambivalence

Ainsi de sa série Midi que Marie Clerel a réalisée tous les jours pendant un an à midi pile. L’artiste a installé un papier sensibilisé aux rayons du soleil et elle a, à chaque fois, attendu que le jour y pose son empreinte. Le papier, comme s’il était la surface même du ciel, se colore en bleu ou reste vaguement gris et nous pouvons deviner s’il s’agissait d’un jour lumineux ou d’une journée morne. C’est toute cette ambivalence que l’artiste parvient à merveille à saisir dans ce calendrier qui nous émeut et nous transporte dans des songes sur la marque du temps, sur notre propre trace dans le monde. Marie Clerel traque ce qui reste, ce qui est abandonné sur une surface, le substrat des choses. Une autre série présentée dans la galerie a été réalisée sur un papier vieillissant. Au fil du temps, les couleurs vont changer. À peine visibles, ces mutations disent combien l’œuvre de Marie Clerel est fidèle au mouvement, à la vie même et gravent en nous la sensation du temps.

Janvier 2018, série Midi, 2017-19, courtesy Galerie Binome

Mars 2018, série Midi, 2017-19, courtesy Galerie Binome

Octobre 2018, série Midi, 2017-19, courtesy Galerie Binome

Série Riviera, 2019, courtesy Galerie Binome

Vera Foto Grafia, 2019, courtesy Galerie Binome

 

Marie Clerel «et le soleil l'attend...»

Du 22 mars au 11 mai 2019

Galerie Binome, 19 rue Charlemagne, Paris 75004

09 Apr 2019 par Jean-baptiste Gauvin

Populaire

MISE AU POINT

Les fenêtres troubles de Merry Alpern

En attrapant ce qui se trame dans la salle de bain d’un peep-show, la photographe américaine a fait une série à la fois dérangeante et belle qui questionne le rapport entre femmes et hommes. Pour la première fois à Paris, la galerie Miranda expose cette magnifique série.

08 Mar 2019 par Jean-baptiste Gauvin

Articles similaires

MISE AU POINT

Par la fenêtre d’André Kertész

La galerie Bruce Silverstein à New York présente jusqu’au 4 mai la série Window Views d’un des pionniers de la photographie : André Kertész. Depuis son déménagement aux États-Unis en 1952, jusqu'à sa mort en 1985, le photographe hongrois a photographié avec méditation de la fenêtre de son appartement du 12e étage donnant sur Washington Square Park.

17 Apr 2019 par Claire Debost