MISE AU POINT

Les mises en scène acides et féroces de Miles Aldridge

Jusqu’au 4 mai, la Galerie Christophe Guye (Zürich) consacre une exposition au photographe anglais Miles Aldridge. Intitulée « Screenprints, Polaroids and Drawings », elle présentera, aux côtés de certaines de ses oeuvres les plus célèbres, son travail en sérigraphie et certains de ses travaux préparatoires (polaroïds, dessins).

Des photographies hyper colorées mettant en scène des femmes dans des univers acides et surréels, une esthétique à la fois sensuelle et inquiétante et qui emprunte largement aux codes du cinéma hollywoodien (Lynch, notamment) : la marque de fabrique Miles Aldridge se reconnaît. Et séduit : outre ses publications dans de nombreux magazines (Vogue Italia, Time,...) ses travaux intègrent depuis 2013 la collection de musées internationaux (le British Museum, la National Portrait Gallery, le Victoria and Albert Museum, le Palais Galliera, le Centre International de la Photographie de New York,…).

Miles Aldridge expo 2019

Tan Lines © Miles Aldridge / Courtesy of Christophe Guye Galerie

Au coeur de son travail : la mise en scène

Pour Aldridge, “rien n’est plus facile aujourd’hui que de prendre une bonne photographie” et ce qui l’intéresse avant tout c’est de questionner le médium et le métier de photographe. À l’occasion d’une exposition qui lui est consacrée en 2018 à Londres (Galerie Lindsey Ingram), il déclare : ”J’ai réfléchi à la façon dont les images photographiques sont consommées et je me suis demandé : doivent-elles êtres des photographies?”. La mise en scène est l’une des réponses qu’il apporte à ce questionnement et il affirme ainsi à son sujet : “Je pense qu’une mise en scène fictionnelle peut être encore plus vraie qu’une simple documentation photographique de la réalité”.

Car, s’il est avant tout un photographe de mode, son travail n’en est pas moins ironique. En plaçant ses modèles dans des intérieurs millimétrés et étouffants, en se jouant de détails, il pose aussi un regard féroce sur la vie moderne et domestique et, éventuellement, sur les carcans de la féminité.

Ses références à la société de consommation, son utilisation de couleurs poussées et pop, évoquent inévitablement des liens avec le Pop Art. Une influence qui trouve prolongation dans sa récente exploration des potentialités de la sérigraphie.

Miles Aldridge expo 2019

New Utopias 1 © Miles Aldridge / Courtesy of Christophe Guye Galerie

La sérigraphie pour dépasser le médium photographique

En 2017, Aldridge réalise une série autour des détournements des couvertures Penguin Books de l’artiste Harland Miller. Dans cette série, Miller tournait en dérision les publications en sciences humaines de la maison dont la ligne graphique est devenue célèbre dans les années 70, notamment pour son utilisation massive d’oeuvres abstraites et Op Art. Ce détournement, qui pointait déjà du doigt les liens troubles entre culture et culture mainstream, est doublement renforcé dans la démarche d’Aldridge qui vient y juxtaposer son univers en ayant recours à la sérigraphie. Un moyen pour lui d’obtenir des couleurs patinées et de se rapprocher du grain des magazines de pin-up et comics des années 50-60. Bouclant ainsi la critique.

Miles Aldridge expo 2019

New Utopias 5 © Miles Aldridge / Courtesy of Christophe Guye Galerie

Enfin, en incluant les polaroids et les dessins préparatoires de l’artiste, l’exposition met en lumière son processus de création. Une façon de mettre en exergue ce qui ressemble à une volonté croissante de l’artiste : questionner le travail de photographe. Preuve en est de ses dernières collaborations avec des artistes plasticiens (Maurizio Cattelan, 2017), ou ses dialogues avec d’autres photographes (Todd Hido, 2018)...

Miles Aldridge expo 2019

New Utopias study 3 © Miles Aldridge / Courtesy of Christophe Guye Galerie 

Miles Aldridge expo 2019

Bang Bang © Miles Aldridge / Courtesy of Christophe Guye Galerie 

Miles Aldridge expo 2019

Doll's House study 8 © Miles Aldridge / Courtesy of Christophe Guye Galerie 

Miles Aldridge expo 2019

Untitled (bent nude) drawing © Miles Aldridge / Courtesy of Christophe Guye Galerie 

Miles Aldridge expo 2019

Cricling the Small Ads Drawing II © Miles Aldridge / Courtesy of Christophe Guye Galerie

 

Miles Aldridge « Screenprints, Polaroids and Drawings »

Du 28 février au 4 mai 2019

Christophe Guye Galerie, Dufourstrasse 31, CH–8008 Zürich

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