MISE AU POINT

Festival La Gacilly Photo : cap à l’Est !

Pour sa 16ème édition, le Festival, qui prend ses quartiers dans un village breton chaque été, se penche sur les photographes des pays de l’Europe de l’Est et de la Russie. Avant-goût de quelques travaux présentés parmi les 26 expositions.

Le constructivisme russe d’Alexander Rodchenko (1891-1956)

Incontournable dans la scène photographique russe des années 1920-1945, Alexander Rodchenko a exploré le médium sous toutes ses coutures. Il photographie la vie sociale, l’architecture, les grands événements culturels et sportifs de la Russie post-révolution d’octobre 1917. S’il se met au service de l’idéal stalinien, il garde néanmoins toujours un œil personnel sur les êtres et les choses qu’il prend en photographie à travers des clichés devenus cultes et avec un sens inouï du graphisme et du cadre, en véritable explorateur d’avant-garde. Il y a notamment le portrait qu’il fait de sa mère ou bien cette maman avec son enfant dans les bras qui monte un escalier et qui rappelle la célèbre scène du Cuirassé Potemkine d’Eisenstein. Les tirages présentés au Festival ont été restaurés par le Musée de la Photographie de Moscou.

Alexander Rodchenko

© Alexander Rodchenko / Moscow Multimedia Art Museum

L’heure de l’invasion à Prague par Josef Koudelka

Au printemps 1968, alors âgé de 30 ans, le photographe Josef Koudelka immortalise les scènes de la colère sociale qui touche la ville de Prague en République Tchèque et la résistance face à l’oppression de l’URSS. Les chars d’assaut pénètrent dans la cité tandis que les manifestants mettent le feu à la rue et se battent avec des drapeaux et le poing levé en l’air. Il faudra pas moins de seize ans pour que Koudelka reconnaisse la paternité de ces images après l’avoir caché pour des raisons de sécurité, par peur des représailles contre lui et sa famille. Formidable panorama des événements, l’ensemble de photographies de cette série de Koudelka n’a jamais été montré en France et le sera donc pour la première fois au Festival La Gacilly.

Josef Koudelka

© Josef Koudelka / Magnum Photos

L’URSS décomposée de Justyna Mielnikewicz

La photographe polonaise, née en 1973, s’intéresse à l’effondrement de l’URSS et ses conséquences en termes de transformations sociales et territoriales. Elle cherche notamment à faire le portrait des pays comme l’Ukraine ou le Kazakhstan qui tentent de retrouver leur caractère d’origine après des années d’asservissement politique. Il s’agit aussi de montrer la différence entre les générations et comment les nouveau-nés vont devoir faire face à un passé compliqué et empli de contradictions tandis qu’un renouveau politique et social voit le jour. Un cheminement dans la mémoire et l’identité slave que la photographe réussit à révéler.

Justyna Mielnikewicz

January 2016, Petropavl, Kazakhstan © Justyna Mielnikiewicz / MAPS

La nostalgie douce-amère d’Alexey Titarenko

Photographier les ombres passantes dans sa ville d’origine, Saint-Pétersbourg, tel est le programme d’Alexey Titarenko qui a réalisé ces clichés entre 1991 et 2000. Son projet intitulé Villes des ombres est un voyage onirique qui fait penser aux déambulations inspirées des narrateurs des romans de Dostoïevski qui se perdent dans les brumes de la cité russe et, égarés, flirtent avec son humeur vagabonde. Le photographe donne l’impression d’une parade de spectres qui errent dans les rues gelées de la ville et il convoque l’imaginaire d’une nostalgie, d’un vague à l’âme typiquement russe.

Alexey Titarenko

© Alexey Titarenko - Série Ville des Ombres

Le grand froid d’Elena Chernyshova

Dans certaines zones de la Russie, le thermomètre peut atteindre -40°C en décembre. C’est le cas par exemple à Norilsk où la photographe s’est rendue pour témoigner de ces conditions de vie extrêmement difficiles. Elle photographie les habitants de ces coins frigorifiés du pays, comme à Vyska ou bien là où des marins doivent briser la glace entre Mourmansk et le cap Dejnev pour que leur navire passe. Tableaux d’une lutte contre les éléments naturels, les photographies d’Elena Chernyshova témoignent à merveille d’une facette de la Russie qui forge le caractère des peuples de ces lieux et fait leur spécificité.

Elena Chernyshova

© Elena Chernyshova

La Gacilly Photo « À l’Est du nouveau »

Du 1er juin au 30 septembre 2019

La Gacilly, Morbihan (56)

27 Mar 2019 par Jean-baptiste Gauvin

Populaire

MISE AU POINT

Wim Wenders par Wim Wenders

Du 18 au 22 avril, une installation visuelle conçue par le cinéaste Wim Wenders prendra ses quartiers sous la nef du Grand Palais à Paris. Le commissaire de l’exposition Jérôme Neutres, qui est à l’origine de l’idée, a répondu à nos questions.

12 Apr 2019 par Jean-baptiste Gauvin
MISE AU POINT

Par la fenêtre d’André Kertész

La galerie Bruce Silverstein à New York présente jusqu’au 4 mai la série Window Views d’un des pionniers de la photographie : André Kertész. Depuis son déménagement aux États-Unis en 1952, jusqu'à sa mort en 1985, le photographe hongrois a photographié avec méditation de la fenêtre de son appartement du 12e étage donnant sur Washington Square Park.

17 Apr 2019 par Claire Debost
MISE AU POINT

Les mises en scène acides et féroces de Miles Aldridge

Jusqu’au 4 mai la Galerie Christophe Guye (Zürich) consacre une exposition au photographe anglais Miles Aldridge. Intitulée « Screenprints, Polaroids and Drawings », elle présentera, aux côtés de certaines de ses oeuvres les plus célèbres, son travail en sérigraphie et certains de ses travaux préparatoires (polaroïds, dessins).

29 Mar 2019 par Sophie Puig

Articles similaires

INSPIRATION

Les étranges planètes de Christopher Jonassen

Les beaux clichés réalisés par Christopher Jonassen nous font songer à ce qui est infiniment loin dans l'Univers. Les planètes photographiées sont énigmatiques, on se demande d'où elles sortent et pourquoi ne les a-t-on jamais vues auparavant. En s'approchant davantage et en s'intéressant au projet de l'artiste norvégien, on s'aperçoit que ces "planètes" cachent quelque chose, et que contrairement à ce que l'on croit, elles sont beaucoup plus proches de nous.

29 Mar 2018 par Alexandre Nessler