MISE AU POINT

Fotofever 2018 : la découverte d’une scène photographique audacieuse.

Pour sa 7e édition, la jeune foire Fotofever n’avait rien à envier au célébrissime Paris Photo ni aux nombreux événements qui avaient lieu au même moment comme Photo Saint Germain, Approches, Photo Paris Vintage Fair, parmi d’autres. Cécile Schall, directrice de la foire, et Yuki Baumgarten, directrice artistique, ont vu les choses en grand pour cette nouvelle édition qui a eu lieu au Carrousel du Louvre et qui n’accueillait pas moins de 100 exposants venant de 20 pays différents et 250 artistes.

Bien qu’ambitieuse, la foire n’entend pas rivaliser avec sa rivale du Grand Palais mais de permettre à de jeunes galeries d’exposer dans une foire d’envergure internationale et ainsi d’offrir aux photographes, jeunes ou confirmés, une visibilité exceptionnelle. Afin d’honorer sa mission de découverte et d’accompagnement des acteurs émergents de la photographie, la foire créé cette année deux nouveaux espaces d’exposition en plus du secteur principal. La Ruche, composée de 40 « starter walls » (des stands à petit prix composé d’une cimaise unique) offre la possibilité aux galeries émergentes ou aux finances encore fragiles de présenter un ou deux artistes. Le secteur Photo Indépendant, organisé en partenariat avec la foire américaine du même nom, présente une exposition collective de 22 artistes non représentés par des galeries.

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© Javier Hirschefeld, courtesy galerie Gratadou-intuiti

Parmi les nouveautés proposées par la foire, on compte également un Focus sur le Japon, un espace consacré aux femmes photographes et la création du Young Talents Fotofever Prize qui offre à trois jeunes photographes d’exposer pour la première fois dans une foire d’art contemporain. Enfin, les visites guidées « Start to collect » proposent aux jeunes collectionneurs de découvrir le marché de la photographie aux côtés d’Anais Montevecchi, « décodeuse d’art contemporain ».

Les visiteurs ont pu admirer la diversité de cette scène internationale. Parmi les travaux remarqués des photographes français, ceux de Xavier Dumoulin, représenté par la galerie Artistics, nous invite à réfléchir sur notre impact environnemental et sur notre obsession à vouloir garder la nature à distance. Sa série « Incandescences » évoque le problème de la pollution lumineuse et donne à voir des paysages crépusculaires transformés par ces trainées lumineuses similaires à des coulées de lave.

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© Xavier Dumoulin, courtesy galerie Artistics

La galerie lilloise Artop présente, quant à elle, les compositions du photographes Alain Bachet qui explore depuis quinze ans les possibilités du polaroid. Ses grands portraits reconstitués grâce à l’assemblage savant de dizaines de polaroids revisite l’esthétique propre au numérique. Les polaroids évoquent autant de pixels ou un mur Instagram et invitent à une réflexion sur l’obsolescence des supports photographiques actuels.

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© Alain Bachet, courtesy Artop Galerie

Le motif du pixel s’invite également sur les murs de la galerie Gratadou-intuitu qui réunit les travaux de Julien Comte-Gaz et Javier Hirschefeld. Alors que le premier détourne l’usage du pixel en révélant dans ses images de nus ce qui est habituellement caché, le second l’utilise pour nous sensibiliser à la diffusion des images sur les réseaux sociaux et à la question de la protection de l’identité.

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© Julien Comte-Gaz, courtesy Gratadou-intuiti

La scène espagnole avait également beaucoup de surprises à nous offrir notamment avec les travaux de deux jeunes femmes, Irene Royo et Gaël del Rio représentées par la galerie Grisart, qui explorent chacune à leur manière l’esthétique brut des atmosphères contemporaines qu’il s’agissent de la désillusion de la jeunesse ou des architectures abandonnées.

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© Irene Royo, courtesy galerie Grisart

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© Gaël del Rio, courtesy galerie Grisart

Enfin, si Fotofever est l’occasion de découvrir de nouveaux talents, elle permet aussi au visiteur d’admirer les œuvres de photographes plus confirmés comme celles du grec Kostis Fokas, qui à la manière de Ren Hang ou des surréalistes, s’amuse à jouer avec les possibilités esthétiques du corps humain ou encore celles de l’artiste allemande Christine Erhard qui crée des espaces architecturaux impossibles.

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©Kostis Fokas, courtesy Nue Galerie

Autant d’initiatives originales et audacieuses qui confirment la volonté de la foire d’être un acteur majeur de la scène photographique contemporaine à échelle internationale. Dans cet esprit, Fotofever s’adresse à un public beaucoup plus large, tout en encourageant les collectionneurs qui ont envie de nouveautés de soutenir une scène contemporaine prometteuse.

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© Christine Erhard, courtesy Kate Vass Galerie

27 Nov 2018 par Coline Olsina

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