INSPIRATION

Motorstudies : Dans la bagnole de François Bellabas

Actuellement en résidence au Centre Photographique d’Ile de France (CPIF), le jeune photographe François Bellabas poursuit son projet Motorstudies, initié il y a trois ans. Focus sur cette étude de la voiture, à mi chemin entre la science-fiction et la tradition américaine du road trip.

francois bellabas motorstudies

Sur la page qui lui est consacrée sur le site du CPIF, une image. L’azur métallique d’une carrosserie flambant neuve contraste avec une pièce d’un blanc immaculé qui laisse entrevoir les entrailles d’une machine de compétition. Malgré ce cadrage serré qui confine à l’abstraction, il ne fait aucun doute qu’on entre ici dans le répertoire formelle de la voiture. Caisse, tacot, bagnole ou bolide, le projet Motorstudies de François Bellabas explore toutes les facettes de cet objet  iconique.

Ironie du sort

C’est à l’occasion d’un rendez-vous chez son coiffeur que le jeune photographe, encore étudiant, débute ce projet. Ce dernier lui confie que sa passion, ce n’est pas la tondeuse mais la voiture, et plus précisément le drift. Cette discipline automobile qui consiste à faire des dérapages contrôlés sur la piste bitumée. Un (heureux) hasard pour François Bellabas qui, avant de s’orienter vers des études artistiques, a été contraint d’étudier la mécanique automobile. Par exorcisme ou obsession, le photographe suit pendant deux ans ce coiffeur atypique et entame ce projet tentaculaire fait de photographies, de vidéos, de recherches théoriques et d’images dénichées sur le net. Un projet qui prendra rapidement la forme d’un voyage à Los Angeles, donnant ainsi vie à un vieux rêve de gosse ; celui nourri pas la furie mécanique de Mad Max et les étincelles de Fast & Furious.

francois bellabas motorstudies

Sur la route

Pourtant, il n’y a rien d’agressif dans les images de François Bellabas. Minutieusement composées, ses images sont celles d’un flâneur au volant, à l’affût du moindre détail esthétique, de l’élément visuel qui lui donnera « envie de voir à quoi ça ressemble en photo ». Une photographie des bas-côtés, comme il se plaît à dire, qui fonctionne comme un agglomérat de différents corpus : celui du paysage urbain, du motif de la roue, des traces de pneus ou encore des « power forms » propre à l’aérodynamisme des voitures de sport.

Cependant la voiture n’est pas le véritable sujet des images de François Bellabas. Elle n’est d’ailleurs jamais montrée dans son intégralité (excepté en vidéo). Comme il l’explique, la voiture a ici une fonction d’outil : « outil d’étude, de mesure, sociologique ». Le moyen par lequel il prélève des fragments de ce qui l’entoure et le fascine. Le moyen par lequel il interroge la photographie : « c’est quoi la photo en 2019 ? »

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Un immense puzzle

Tout photographe sait qu’après l’heureux temps de la prise de vue, vient celui du traitement d’images. Celui où il faudra trier, classer, choisir, retoucher, assembler. Celui où il faudra créer la trame narrative qui justifiera un voyage de l’autre côté de l’Atlantique. François Bellabas, lui, s’y refuse. De ses voyages, il conserve aujourd’hui 11 000 clichés qu’il envisage comme une base de données. Une base de données dans laquelle il pioche pour concevoir une exposition, un portfolio, un livre (bientôt ?). Chaque association d’images raconte un fragment de cette histoire qu’est Motorstudies car elles sont toutes construites indépendamment des unes des autres. « J’ai juste besoin de mes pièces pour pouvoir remonter, comme une voiture,  une mécanique différente. »

Ce projet atypique sonne comme une invitation au voyage et donne surtout envie de traverser la Californie en philosophant sur la photographie, à bord de la bagnole de François Bellabas.

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Motorstudies © François Bellabas. 

13 Feb 2019 par Coline Olsina

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