INSPIRATION

Comment penser en couleur ? La photographie conceptuelle de David Biro

Depuis son existence la photographie a toujours été très diversifiée, cela a souvent été ainsi sans pour autant que l'on en ait une connaissance approfondie ou sans réel consensus sur sa signification. Ce qui est certain, c'est qu'aujourd'hui l'image photographique est devenue bien différente. Dávid Biró, à 26 ans, l'a déjà compris et dans ses oeuvres, il évoque des questions profondes qui reposent sur des notions résolument contemporaines du langage et de l'esthétisme. L'étude de la couleur représente une constante dans les créations de Biró. Cependant, il n'est ici pas seulement question d'esthétique, dans son travail ce jeune artiste se préoccupe également de la construction de notre vision du monde. Nous pouvons interpréter ses images comme des réflexions explorant les clivages dans le rapport entre la réalité et nos propres perceptions.

david biro indistinct

Indistinct, 2015. © David Biro

Depuis Budapest (Hongrie), où il réside après avoir obtenu une licence en photographie à l'Université de Kaposvár et une maîtrise en photographie à l'Université Moholy-Nagy d'art et de design (MOME), Dávid Biró montre un intérêt tout particulier pour les effets que produisent les outils technologiques sur la perception humaine. Dès sa première série, il s'est penché sur les effets d'une présence dans un environnement étranger et sur la façon dont celui-ci peut être modifié par cette présence. Par exemple, dans Proxemics, il aborde une situation particulière dans laquelle partager une chambre devient sujet au manque d'espace intime et de protection contre les agressions extérieures. Chez Indistinct, cependant, il introduit la couleur comme concept. Il considère la couleur comme un code et se demande comment ce code s'insère dans un univers tel que la photographie en noir et blanc. Cette série, basée sur un test de vision des couleurs, se concentre sur des objets qui, sans couleur, perdraient partiellement ou totalement leur fonction. L'évolution de son travail est constante et chez In Situ, une fois de plus, il se penche sur la fonction des objets, qui dans ce cas est donnée par les utilisateurs. Dans cette oeuvre, il s'éloigne de la problématique de l'identité et de la manière de déterminer la place de chaque personne dans la société. Il s'interroge sur l'influence des facteurs externes et la rétroaction qui aide à définir et à déformer le moi.

david biro in situ

In Situ, 2016. © David Biro

C'est l'esthétique et la force conceptuelle qui inspirent Dávid Biró dans sa série Axiom. Dans cette séquence, Biró étudie la façon dont nous regardons les images à une époque où la numérisation et les technologies VR et 3D transforment le rôle et la fonction de la photographie. Encore une fois, il nous ramène à une situation dans laquelle un objet change la perception que nous avons d'un autre objet. Le titre, Axiom, fait allusion à une série de principes qui n'ont pas besoin d'être prouvés, et dont beaucoup de nos certitudes s'inspirent. Dans les images, il utilise une charte ColorChecker, un outil de calibration photographique, qui sert à la fois d'objet de référence pour comprendre le processus de calibration et un axiome pour définir la réalité. Un point de référence pour un environnement truffé de désinformation provenant d'Internet ou des médias. Biró parle de trouver un filtre qui pourrait différencier les connaissances utilisables. Le point de départ de l'auteur est l'idée que le médium photographique n'est pas seulement une représentation visuelle de la réalité, mais aussi l'extension de la vision humaine elle-même. D'où l'importance de la charte couleurs comme référence, et l'obsession de Biró à trouver des points de référence dans le monde réel qui pourraient être utilisés pour définir ce que nous considérons être la vérité.

david biro axiom

Axiom, 2017. © David Biro

Les questions sur notre apparence ont joué un rôle très important, tant dans la photographie que dans le cinéma, établissant une relation presque indissociable entre l'œil et l'appareil photo. Il est entendu que les actions de voir et de photographier se rejoignent et ne font qu'une. Mais cette question a été abordée au début du siècle avec les courants avant-gardistes ou, dans les années 70 et 80, avec les interrogations des artistes sur la construction du processus du regard. Le travail de jeunes auteurs, comme Biró, prouve que ce processus d'exploration et de questionnement a été assimilé dans les discours contemporains et qu'il prend aujourd'hui un tournant auquel nous devons porter une attention particulière. Si nous nous concentrons sur Dávid Biró, nous pouvons observer comment ses compositions précises évoquent l'esthétique du monde numérique dans lequel il a grandi ainsi que sa génération. A travers ses différentes séries, l'artiste met l'accent sur cette perspective tout en questionnant l'avenir et l'identité du médium photographique dans une société dominée par l'informatique.

david miro axiom

Axiom, 2017. © David Biro

david miro axiom

Axiom, 2017. © David Biro

david biro axiom

Axiom, 2017. © David Biro

20 Dec 2018 par David Villaba diaz

Populaire

MISE AU POINT

Les fenêtres troubles de Merry Alpern

En attrapant ce qui se trame dans la salle de bain d’un peep-show, la photographe américaine a fait une série à la fois dérangeante et belle qui questionne le rapport entre femmes et hommes. Pour la première fois à Paris, la galerie Miranda expose cette magnifique série.

08 Mar 2019 par Jean-baptiste Gauvin

Articles similaires