INSPIRATION

Baptiste Rabichon, l’hybridation des genres

UNE PLONGEE DANS UN UNIVERS FABULEUX

Il faut un certain temps pour appréhender visuellement les œuvres de Baptiste Rabichon. Ici, un cliché de fleurs en cou- leur, là une silhouette blanche découpée sur fond noir, en arrière plan, un vaste décor en négatif et de part et d’autres, des fragments d’architecture qui semblent tout droit sortis d’une vieille encyclopédie. Les « photographies » de Baptiste Rabichon sont ce tout mystérieux qui émerveille et interroge.

baptiste rabichon rue quatrefages

3 rue Quatrefages, 2018

Ses oeuvres nous plongent dans un univers parallèle, une sorte de pays fabuleux où tout est possible et qui échappe à toute logique. Un univers où le visible côtoit l’invisible et où la perspective se heurte sans cesse à un espace bi-dimension- nel. On est immédiatement séduit par ces étranges compositions qui bousculent notre perception habituelle des choses et du monde. Il nous faut donc, pour les comprendre, prendre le temps de les déchiffrer.

L’ALLIANCE DE DIFFERENTES TECHNIQUES PHOTOGRAPHIQUES

Après un BTS en œnologie, Baptiste Rabichon intègre l’école des Beaux-Arts de Dijon puis de Lyon avant d’entrer en 2013 aux Beaux-arts de Paris. Son intérêt pour la photographie surgit relativement tôt dans sa pratique : Baptiste Rabichon commence par explorer l’image numérique en s’appropriant des photographies existantes et en les manipulant sur logiciel afin de générer de nouvelles images entièrement fabriquées.

Baptiste Rabichon 17ème chromogène

17ème, 2017-2018 épreuve chromogène unique

Ces premières expérimentations sont le ferment de son travail actuel qui est le résultat d’une subtile combinaison de motifs issus de différents procédés photographiques. Faisant fi des dogmes et des guerres de chapelles entre partisans du numérique et partisans de l’argentique, ce jeune trentenaire associe sans complexe l’imagerie digitale à l’imagerie analogique en passant par la projection directes d’objets, les photogrammes et les empreintes chimiques. A la croisée de la peinture, du collage et de la photographie, ces mystérieux objets photographiques révèlent un univers magique et organique où le végétal occupe une place prépondérante. Baptiste Rabichon raconte en effet qu’il pratique la cueillette depuis son plus jeune âge. Dans sa petite valise en plastique, il accumulait toutes sortes d’objets : des morceaux de plastiques, des fleurs séchées, des bouts de bois. Il applique aujourd’hui cette même méthode à son travail mélangeant ses propres photographies à des images prises sur des magazines ou sur internet et à des motifs issus directement du réel tels que des fleurs ou des objets trouvés au fond de sa poche.

baptiste rabichon album IX

Album IX

En plus d’allier avec génie la complexité de différentes techniques photographiques, il parvient à créer un univers visuel qui lui est propre et d’où il se dégage une grande poésie. Il surmonte ainsi la froideur mécanique des outils photographiques pour nous dévoiler un imaginaire coloré, peuplé de fleurs et de silhouettes fantastiques et nous faire ainsi pénétrer dans l’esprit foisonnant d’un glaneur d’images.

baptiste rabichon

Album a

A partir de tous ces éléments, il construit la première étape de sa « photographie » : ces différents motifs sont scannés et assemblés sur logiciel afin de créer un négatif minutieusement composé. La seconde étape se passe en chambre noire où le négatif est projeté via un agrandisseur sur une feuille de papier photo. Il obtient ainsi l’oeuvre photographique finale : la surface photosensible vient interpréter l’image composée sur ordinateur et dévoiler une nouvelle image qui est le fruit des interventions de l’artiste et du hasard.

UN HOMMAGE A L’HISTOIRE DE L’ART

Plus qu’un savant mélange de techniques, l’oeuvre de Baptiste Rabichon fait également référence à une vaste culture visuelle et vernaculaire qui se joue de la temporalité. On peut ainsi y voir l’inquiétante atmosphère des tableaux colorés du Douanier-Rousseau, l’esthétique pop des photographies de Valérie Belin, les herbiers de Fox Talbot ou encore les Micrographies décoratives de Laure Albin Guillot. L’artiste assume ces citations qui constituent l’ensemble de sa « matériothèque » d’où il tire les nombreux motifs qui composent ses œuvres. Bien que présentes et identifiables, ces ré- férences ne sont pas un frein à la créativité et à l’imagination débordante de notre jeune artiste. Il faut au contraire les comprendre comme un hommage et une source inépuisable d’inspiration, entièrement au service d’une esthétique déjà bien construite et reconnaissable : celle de Baptiste Rabichon.

baptiste rabichon boulevard st marcel

82 Boulevard Saint Marcel, 2017

Il inaugure ainsi une nouvelle façon de créer, bousculant les codes de la photographie et abolissant les frontières entre les techniques, les médiums et les âges.

14 Nov 2018 par Coral Nieto garcia

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