INSPIRATION

La réincarnation photographique de Magritte, Hitchcock et Kubrick

Magritte, Guy Bourdin, Hitchcock, Kubrick. Tous ces grands noms de la peinture, de la photo et du cinéma nous ont quitté il y a longtemps déjà. Certains amoureux de l’art n’ont toujours pas fait leur deuil. En guise de consolation, pour toutes les personnes dont la tristesse est toujours présente, soyez rassurés, il semblerait que les esprits de ces 4 maîtres dans leurs arts respectifs aient trouvé refuge dans un seul et même corps, celui de la photographe Izumi Miyazaki.

Un style unique en son genre

Cette japonaise au visage candide est un véritable ovni de la photographie, elle est pétrie de talent et son travail demeure inclassable. La fascination qu’elle a pour la place du selfie dans nos sociétés se traduit par des clichés dans lesquels elle se met constamment en scène elle-même. L’expression que l’on lit sur son visage est souvent neutre, voire dénuée de toute émotion. Il semble parfois qu’elle manifeste une réaction de surprise infantile qui renforce l’ironie et l’aspect décalé de ses photos. Les plans sont très colorés et les décorations pop à la limite du kitch par moments. Des rideaux, des nappes, des robes aux motifs rappelant fortement la mode des années 90 ornent ainsi les photographies soigneusement construites.

L’absurde a une place prépondérante dans le travail de Miyazaki. Dans les scènes représentées, oubliez la gravité, oubliez le corps tel que vous le connaissez et ne cherchez pas de logique car il n’y en a pas, ou alors elle est bien cachée. Izumi peut aussi bien se retrouver en plusieurs versions d’elle-même sur ses photos que la tête décapitée, des objets improbables (souvent alimentaires) sont en lévitation autour d’elle et à plusieurs reprises elle se bat contre une soucoupe volante à l’authenticité douteuse. La volonté est clairement de nous perdre, de nous lancer sur des mauvaises pistes, avec des symboles qui appellent d’autres symboles. La lévitation des objets fait penser automatiquement au surréalisme de Magritte, tandis que les couleurs et les angles de vues angoissants rappellent les films d’Hitchcock et de Kubrick, dans une moindre mesure. Guy Bourdin est évoqué de façon plus subtile et incertaine, néanmoins la position des corps, allongés dans des positions inconfortables, est similaire à celle des photos de l’artiste français.

Izumi Miyazaki  mirror

Crédit Photo : Izumi Miyazaki

Izumi Miyazaki  face egg

Crédit Photo : Izumi Miyazaki

Izumi Miyazaki  shave apple

Crédit Photo : Izumi Miyazaki

Une démarche égoïste (au sens positif du terme)

Si la démarche fascine car elle semble réfléchie et regorge de mystères, à en croire l’artiste, le point de départ est surtout la distraction et la volonté de s’amuser. C’est d’ailleurs comme ça qu’elle a commencé la photographie, quasiment par hasard. A 15 ans, sa mère lui demande de se lancer dans une des activités proposées par son lycée. « Je ne savais pas quoi faire, alors je suis allée au club photo ». Elle découvre alors que ça lui plaît, et qu’elle est plus douée que les autres. « J’avais l’impression de jouer. Surtout, je me suis rendu compte que je pouvais enfin faire les images que je voulais voir ».

A la base de ses travaux, donc, l’amusement et la volonté de créer ses propres images, de voir avant de montrer. Cette démarche égoïste peut s’entendre comme un besoin de s’évader de la part de l’artiste japonaise, un besoin de se créer un autre monde, alternatif et imperméable au réel. C’est en tout cas ce que suggèrent les paroles de Tomoyuki Sakaguchi, professeur de Miyazaki à l’Université d’art de Musashino, « D’un point de vue très personnel, je ne peux pas m’empêcher de penser que les photos expriment un sentiment, une difficulté à vivre dans le monde réel, et il y a beaucoup de raisons pour expliquer cela dans le Japon d’aujourd’hui. ».

Izumi Miyazaki  brocoli

Crédit Photo : Izumi Miyazaki

Izumi Miyazaki  rice mountain

Crédit Photo : Izumi Miyazaki

Izumi Miyazaki  measuring hair

Crédit Photo : Izumi Miyazaki

Izumi Miyazaki  fish on head cut in half

Crédit Photo : Izumi Miyazaki

Izumi Miyazaki  bird's nest in hair

Crédit Photo : Izumi Miyazaki

Izumi Miyazaki  mickey mouse and knife

Crédit Photo : Izumi Miyazaki

Izumi Miyazaki  jumping for sushi

Crédit Photo : Izumi Miyazaki

Izumi Miyazaki  portrait in dark room

Crédit Photo : Izumi Miyazaki

Izumi Miyazaki decapitated head

Crédit Photo : Izumi Miyazaki

Izumi Miyazaki  head in the clouds

Crédit Photo : Izumi Miyazaki

Izumi Miyazaki spaghetti on construction site

Crédit Photo : Izumi Miyazaki

Izumi Miyazaki  school photo eating eye

Crédit Photo : Izumi Miyazaki

Izumi Miyazaki eating rice, everywhere

Crédit Photo : Izumi Miyazaki

Izumi Miyazaki  eating sushi behind curtain

Crédit Photo : Izumi Miyazaki

Izumi Miyazaki girls in red dresses

Crédit Photo : Izumi Miyazaki

Izumi Miyazaki  hospital gowns

Crédit Photo : Izumi Miyazaki

Izumi Miyazaki  bananas

Crédit Photo : Izumi Miyazaki

Izumi Miyazaki  measuring face

Crédit Photo : Izumi Miyazaki

Izumi Miyazaki  slices of bread

Crédit Photo : Izumi Miyazaki

Izumi Miyazaki  head in floral skirt

Crédit Photo : Izumi Miyazaki

Izumi Miyazaki  zebra crossing

Crédit Photo : Izumi Miyazaki

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