INSPIRATION

"Land of Epic Battle", la série photo explosive de Justyna Badach

L’adjectif explosif est souvent utilisé en photographie de manière métaphorique, mais le mot prend un tout autre sens quand il s’agit du travail de Justyna Badach. Cette photographe de Philadelphie a décidé de dénoncer la violence de DAECH, en développant des clichés… à la poudre à canon. Une prouesse à la fois technique et artistique pour une série de photo très engagée. 

 

Saisir la violence au vol

Justyna Badach est une habituée des thèmes de la masculinité et de la violence. Fascinée par le cinéma américain extrêmement codé, elle a, il y a quelques années, créé “Epic Film Stills”, un projet qui explore la façon dont les classiques des western movies glorifient la violence de l’Amérique coloniale. “Land of Epic Battle” s'inspire directement de ce travail. L’esprit est le même, mais le matériau de base est cette fois extrait directement des films de propagande de l’Etat Islamique. Dans ces clips qui célèbrent sans détour la brutalité des combats, la photographe a voulu en saisir l’essence. 

Justyna Badach: Land of Epic BattlesLight Work



Une forme de photographie explosive

Si le premier défi auquel a dû faire face l’artiste, a été de se procurer la poudre elle-même, le chemin pour arriver au résultat escompté a été rempli d’embûches. Ce n’est qu’après des dizaines et des dizaines d’essais à tâtons que Justyna Badach a fini par mettre au point un procédé unique en son genre lui permettant d’utiliser la poudre à canon comme pigment. En s’inspirant d’une technique du XIXe siècle basé sur les propriétés chimiques des sels dichromates. Il s’agit cependant d’un processus long et laborieux. La seule préparation du papier sur lequel la photo sera imprimée peut demander près d’une semaine de travail. Et quand bien même tout aurait été fait selon les règles, l’artiste estime que la démarche a 70% d’échouer. Le résultat des expériences de la photographe nous donne alors une série de clichés, gris, ressemblant à s’y méprendre à des images d’archives. 

Bien entendu, prendre l’avion est d’office exclu. Même si le procédé chimique a très probablement altéré la poudre, il est hors de question de prendre le moindre risque. D’ailleurs, quand se pose la question de savoir si ces clichés sont dangereux à la principale intéressée, elle répond en riant : "Je ne les ai pas testés. Je ne sais pas si oui ou non, ils exploseraient."

 

"The Land of Epic Battles" par Justyna Badach :

 

 

 

08 Mar 2018 par Elias Khatal

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