Comment la tech transforme les industries créatives

Technologie
7 oct. 2020 par Joy Habib
7 MIN

La musique, la production audiovisuelle, l’édition ou encore la mode… Ces secteurs créatifs sont traversés par la révolution numérique. Comme dans beaucoup d’autres domaines, les progrès informatiques, dont l’intelligence artificielle, résolvent d’anciens problèmes et en posent de nouveaux. Seulement voilà : ce que ces secteurs ont de particulier, c’est qu’ils sont mus par la créativité et l’inventivité humaine. Quel peut y être, dès lors, le rôle de la technologie ? 

Chez Meero, nous opérons à la croisée de la technologie et de la création visuelle. Nous pensons que les grandes avancées de l’informatique et de l’algorithmique peuvent être mises au service des créateurs. C’est donc avec plaisir que notre VP et Head of AI, Jean-François Goudou, a répondu à l’invitation de BPIFrance qui lui proposait de participer à la 6ème édition de son évènement inno génération pour parler tech et créativité. 
Autour d’une table ronde, Jean-François Goudou, Nathalie Birocheau, d’IRCAM Amplify, Félicité Herzog, Directrice de la Stratégie et de l’Innovation chez Vivendi, Tony Pinville co-fondateur d’Heuritech et leur hôte, Benoît MAUJEAN head of innovation chez Mikros ont partagé leurs réflexions autour du rôle de la technologie dans leurs industries respectives. 

 

Préparer le travail des créateurs grâce à l’IA

Les cinq participants de la table ronde illustrent bien la grande diversité des industries culturelles et créatives qui valent, en France, 110 milliards d’euros et qui englobent la mode, le cinéma, la musique, l’art, l’édition... 

Chacune des entreprises qu’ils représentent a pour mission de permettre aux créateurs d’innover dans leurs domaines grâce aux avancées technologiques. Le point commun des cinq intervenants : ils pensent que la technologie peut faciliter le travail des créatifs. Jean-François Goudou de Meero et Tony Pinville d’Heuritech s’accordent à voir les algorithmes comme des outils qui préparent le travail des artistes en effectuant pour eux les tâches les plus répétitives. Pour Jean-François Goudou, l’Intelligence Artificielle ne déshumanise pas le travail du photographe, mais en est complémentaire. Les grandes innovations historiques du domaine (Photoshop ou les banques d’images) n’ont pas tué la photo. L’IA s’inscrit dans la lignée de ces percées technologiques qui catalysent les mutations du marché en permettant aux photographes de devenir plus créatifs. 

Par exemple, grâce aux algorithmes utilisés par Meero, les créateurs d’images obtiennent des rendus beaucoup plus rapidement que lorsque le travail d’édition se faisait manuellement.

La créativité n’est pas impactée de manière négative. Au contraire le travail d'édition est facilité. On en augmente l’impact en diminuant la part de préparation technique.

Jean-François Goudou

Dans les arts plastiques, cette préparation reste surtout manuelle : le peintre ou le sculpteur doit placer son matériel, élaborer sa palette de couleurs… Pour l’image numérique, cette étape est grandement facilitée.

C’est un constat que partage Tony Pinville, d’Heuritech. L’entreprise qu’il a co-fondée utilise l’IA comme un moyen d’automatiser les tâches répétitives et difficiles à effectuer manuellement en raison de leur volume, par exemple. Il serait quasiment impossible pour une équipe humaine de passer en revue les grandes quantités d’images circulant sur les réseaux sociaux afin d’en faire une analyse et d’en tirer des informations pertinentes. Les algorithmes d’Heuritech analysent ces contenus visuels afin de donner aux créateurs des indications sur les grandes tendances de demain et leur permettre de mieux créer.

Lorsque les algorithmes optimisent la diffusion 

Au-delà des enjeux de création, l’intelligence artificielle permet de créer de nouveaux modes de diffusion. Pour Félicité Herzog, ces changements sont à double tranchant : d’une part, les algorithmes peuvent devenir le miroir du temps présent, ce qui entrave la créativité en favorisant l’hégémonie d’une seule norme, la plus efficace, et en poussant les créateurs à refaire toujours la même chose. Mais lorsque les recommandations permettent une ouverture sur de nouvelles cultures et de nouveaux territoires, elles peuvent permettre aux consommateurs de découvrir des contenus. De nombreux consommateurs, par exemple, ont élargi leurs goûts musicaux grâce aux playlists.

Du côté des créateurs, la difficulté principale est d’être vu et d’émerger. Les progrès technologiques peuvent leur permettre de mieux éditorialiser leurs contenus et de toucher les bonnes audiences. Nathalie Birocheau insiste sur l’importance, pour un artiste, de comprendre les nouveaux modèles de diffusion musicale et de prendre la mesure de l’importance des plateformes.

Du point de vue des distributeurs, les outils technologiques permettent de mieux indexer leurs bases de données, avec un niveau de finesse et de fiabilité inédit. L'automatisation des tâches les plus longues et fastidieuses fait gagner du temps. Cette indexation complète est créatrice de valeur : il devient possible d’exploiter l’intégralité des bases de données et d’éviter que certains morceaux ou contenus audiovisuels soient oubliés. 

Ces avancées luttent contre l’effet de starification en mettant en valeur les contenus de niche et en leur permettant d’atteindre leur public. 

Pour une production plus durable et fiable 

L’intelligence artificielle est créatrice de valeur, certes, mais elle favorise également des modes de production plus durables. Tony Pinville d’Heuritech espère que la technologie aide à transformer l’industrie de la mode, l’une des plus polluantes, avec 73% des vêtements qui finissent à la décharge. Il devient possible de produire plus intelligemment en anticipant les besoins des consommateurs et en évitant de fabriquer les prototypes qui ne passeraient pas l’étape des tests. En prédisant les tendances de demain, on évite de gaspiller. 

Nathalie Birocheau espère que la progression de la performance des canaux de diffusion poussera les consommateurs à privilégier la qualité des contenus plutôt que leur quantité et qu’un tri naturel se produira, en faveur de la frugalité, contre l’accumulation aveugle des contenus. Jean-François Goudou évoque la discipline des photographes professionnels qui choisissent de supprimer leurs photos tant qu’elles ne sont pas bonnes : un artiste aguerri effectue ce tri naturellement plutôt que d’encombrer ses cartes mémoires d’images dont il n’a pas besoin. On peut espérer éduquer le grand public qui saura mieux reconnaitre les contenus de qualité et pourra s’appliquer cette même discipline. Familiarisés avec ces outils perforants, nous serons tous plus économes en énergie.

Contre la désinformation et pour répondre aux inquiétudes qui planent autour de la data et de l’IA, les intervenants prônent la transmission des connaissances et l’initiation du grand public à ces diverses technologies. Cela pourra permettre à chacun de mieux comprendre et interpréter les différents contenus et de démêler le vrai du faux. Jean-François Goudou évoque la question des Deep Fake : il est facile de se laisser berner par ces images manipulées lorsqu’on n’a pas appris à les reconnaître. De plus en plus d’artistes et de chercheurs trouvent des moyens de lutter contre ces mauvais usages, que ce soit par les biais de l’éducation ou par la création de programmes capables de détecter les contenus générés par les algorithmes.

Jean-François Goudou insiste : l’intelligence artificielle n’est qu’un outil qui permet d’améliorer la prise de décision. Il faut bien connaître ces outils pour savoir les utiliser et leur donner des ordres adéquats. Il prédit pour l’intelligence artificielle le même destin que celui d’autres grandes innovations avant elle : les voitures ou les ordinateurs, par exemple. Effrayantes au départ, elles ont été graduellement apprivoisées et nous permettent d’améliorer nos vies quotidiennes. L’IA suivra la même tendance. 

Pour revoir la table ronde, c'est par ici !

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