Ce que l’histoire de la tech en photo peut nous apprendre [Épisode 3]

Technologie
2 oct. 2020 par Joy Habib
9 MIN

Photo numérique, smartphones, logiciels de manipulation d’image, IA… ces grandes révolutions technologiques ont bouleversé le monde de la photo. Chez Meero, nous opérons à la croisée de la tech et de la photographie. Nous nous interrogeons donc sur l’histoire de ces innovations et sur les débats qu’elles ont suscités au moment de leur apparition. Car même si nous voyons ces progrès technologiques comme de formidables opportunités, nous savons aussi que tout chamboulement porte son lot d’inquiétudes. Nos équipes se posent en permanence la question de l’impact qu’elles peuvent avoir sur les professionnels et le grand public et ont à coeur d’en comprendre la portée historique. 

Cette série d’articles propose un retour en quatre épisodes sur ces grandes révolutions riches en controverses !

Relire les précédents épisodes : 

L’invention de la photographie

La photographie numérique 

Episode 3 : La photographie connectée 

147 000. C’est le nombre de photos uploadées toutes les minutes sur Facebook en 2020. Sans compter Snapchat, Pinterest ou TikTok...

Nous pourrions vous démontrer, statistiques à l’appui, l’importance des réseaux sociaux : Instagram et ses 347 222 stories postées par minute, Twitter et ses 459 360 nouveaux utilisateurs par jour. Rien dont nous ne fassions déjà quotidiennement l’expérience. 

Ces quelques applis nous paraissent souvent indispensables pour rester en contact avec nos proches ou suivre l’actualité. Et lorsque nous passons de longues heures à scroller nos feeds, nous y voyons surtout... des photos. Qu’ils soient produits par des amateurs, des journalistes, des graphistes ou des artistes, les contenus visuels règnent en maîtres absolus sur le web. Souvent, ces photos et vidéos ont été prises sur smartphone. 

La révolution des smartphones a accompagné de très près celle des réseaux sociaux. Ensemble, ces deux innovations ont détrôné les appareils photos compacts, emblématiques des années 2000. La marée irrésistible des objets connectés a bouleversé le secteur mouvementé de la photographie. 

Dans les épisodes précédents de cette série, nous vous avons parlé des questions artistiques puis économiques qui ont ponctué l’histoire de la photo. Au XXIème siècle, les révolutions s’accélèrent : Internet est passé par là. 

Si ça sonne, ce n’est pas un appareil photo !

2011. La veille du décès de son légendaire co-fondateur, Steve Jobs, Apple présente son iPhone 5ème génération, le 4S. A priori, rien de bien révolutionnaire niveau photo. 

L’Iphone 4, qui date de 2010, était le premier téléphone Apple à disposer d’une caméra frontale : son lancement avait inauguré l’ère du selfie. En 2011, le rôle des téléphones portables dans la photo n’était déjà plus à prouver. La plateforme Flickr annonçait que la plupart des photos qui y étaient uploadées étaient prises avec un iPhone. Pourtant, l’iPhone 4S a, pour la première fois, les moyens de rivaliser avec les appareils numériques compacts. Le magazine en ligne Digital Trends le baptise “le tueur d’appareils photo compacts”. Et pour cause : il est capable de prendre des photos de 8-mégapixels et des vidéos en 1080p HD. 

2011, c’est aussi l’année où les ventes des appareils photos compacts commencent à baisser. Après avoir atteint un pic de 120 millions d’appareils dans le monde en 2010, elles dégringolent pour ne plus représenter que 35 millions en 2015. Le lancement de l’iPhone 4S clôt une guerre longue de plusieurs années entre les adeptes du smartphone et les fabricants d’appareils photo compacts. Ces derniers exercent la même résistance qu’on leur opposait jadis lorsqu’ils prenaient d’assaut le secteur de la photographie argentique. Les innovateurs d’hier deviennent les puristes d’aujourd’hui. On reproche aux smartphones de ne pas être à la hauteur d’un point de vue technique : « si ça sonne, ce n’est pas un appareil photo ! »

Les smartphones avaient déjà gagné la bataille de la connectivité : les tentatives de commercialiser des appareils photos connectés au WiFi n’avaient pas été probantes. On leur préfère la commodité des téléphones qui permettent d’envoyer directement les photos par MMS. En améliorant la résolution de ses photos, Apple s’attaque au dernier bastion de la photographie numérique. Quelques années plus tard, les campagnes « Réalisé avec l’iPhone » visent, encore une fois, à prouver la qualité, désormais indubitable, des photos prises sur un téléphone.  

Le gadget deux-en-un

Apple a beau être iconique : ce n’est pas le premier fabricant à doter ses téléphones portables d’un appareil photo. En 2000 déjà, l’entreprise japonaise Sharp lançait le J-SH04. Le gadget fait sensation : « quand vous avez pris la photo, il vous suffit d’accéder à votre service SkyMail pour envoyer l’image à n’importe qui, pourvu qu’il dispose d’un appareil similaire ! », s’émerveille, en 2001, un journaliste de la BBC

À quoi pourrait bien vous servir un tel appareil ? S’interroge toujours la BBC. Le média britannique fait appel à ses lecteurs en leur demandant ce qu’ils feraient de ce curieux téléphone hybride s’ils l’avaient sous la main. Les réponses valent le détour : elles prédisent certains des usages les plus lucratifs et disruptifs de la photographie numérique. 

« Ce serait un bon moyen de faire du shopping en groupe ! », affirme Lizz, « On peut prendre l’avis de ses amis avant de faire un achat, même s’ils ne sont pas sur place ». « On pourrait aussi organiser des rendez-vous amoureux pour ses amis, en leur envoyant les photos de partenaires potentiels... », continue-t-elle, prévoyant ainsi l’avènement des sites de rencontre. Plus pragmatique, un dénommé Chris propose d’utiliser ce téléphone pour envoyer des photos aux assurances après un accident. « Ce serait vraiment pratique que toutes ces fonctionnalités se retrouvent dans un seul gadget, ce qui m’éviterait de devoir transporter un appareil photo et un téléphone ! », affirme un autre utilisateur. 

Ce que ces réponses démontrent, c’est le besoin déjà pressant en 2001 de disposer d’objets connectés. Un objet connecté est un objet dont la fonctionnalité première est augmentée des bénéfices de la connectivité : il peut envoyer ou recevoir des informations. Les smartphones sont les premiers appareils photo connectés qui gagnent massivement les faveurs du public. Ils permettent de généraliser certains usages de la photographie qui restaient marginaux, au-delà des fonctions artistiques, journalistiques ou d’archives personnelles.

Crédit photo: Joel Muniz sur Unsplash

Des réseaux pour nos photos 

Faites un petit test : parmi les photos qui se trouvent dans votre galerie d’images, combien ont été prises à l’intention d’autrui ? Avez-vous immortalisé une scène drôle afin de la partager avec votre groupe d’amis, ou bien avez-vous photographié un beau paysage avant de le poster ? 

Les réseaux nous permettent de partager des expériences avec nos proches (ou moins proches) de manière plus ou moins pérenne : un Instagram feed pour la postérité ou des stories éphémères ! Il suffit de quelques clics et nous obtenons leur approbation immédiate (sous forme de likes). Cela donne aux appareils photos de nouvelles fonctionnalités. Parmi elles,  la possibilité pour chacun de dire “j’y étais !” : vacances, concerts, festivals ou grands restaurants… Plus grand chose à voir avec l'idée de préserver les moments précieux pour s’en souvenir (ces moments que l’entreprise du même nom avait baptisés les moments Kodak).

C’est pourtant Kodak qui avait eu l’intuition du marché immense dont les réseaux sociaux ont su tirer profit : celui du partage photo. Une tribune de Scott D. Anthony pour le Harvard Business Review nous apprend que l’entreprise avait mis au point dès 2001 une plateforme de partage du nom d’Ofoto. Scott D. Anthony attribue l’échec de cette initiative, pourtant visionnaire, à l’insistance de Kodak, résolu à généraliser l’impression des photos en dépit de la montée des photos dématérialisées. 

Le succès d’Instagram tient aussi à la popularisation des filtres photo. Sans connaissances techniques particulières, chacun peut retoucher ses images et les rendre plus flatteuses. La popularisation des retouches ouvre de nouveaux débats : peut-on se fier aux photos que l’on voit ? Les progrès de l’intelligence artificielle rendent la photographie informatique encore plus performante, donc inquiétante pour ceux qui décrient la « fausseté » des photos. 

Au-delà des retouches, c’est bien autour de la puissance des algorithmes que se joue l’avenir de la photographie. Les téléphones portables les plus performants ont atteint un palier du point de vue de leurs composantes physiques. C'est à l'informatique de prendre le relai pour créer (ou recréer) des images d'excellente qualité.

On vous en parle au prochain épisode !

Restez informé

Recevez les dernières tendances photographiques et inspiration