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Laurent Ballesta, ou l'histoire d'un exploit de la photographie sous-marine

Une fois par an, dans les eaux paradisiaques de l’atoll de Fakarava, en Polynésie française, se déroule un événement fascinant et unique. L’espace d’un instant la faune marine s’agite comme nulle part ailleurs. D’énormes bancs de mérous se rassemblent pour se reproduire. Pour beaucoup de spécialistes, ce moment est un des comportements les plus compliqués à documenter. En effet, s’il est possible d’anticiper et de déterminer très approximativement la fourchette de cette réunion sous-marine, arriver à l’instant précis est une autre histoire. La ponte des mérous ne dure que quelques minutes, en être témoin demande alors une petite dose de patience et une grosse dose de chance. Laurent Ballesta, photographe sous-marin, s'est alors donné une mission : être le premier à photographier ce phénomène. 

Il s’agit là d’un véritable défi. Il se met rapidement à la recherche d’une solution qui lui permettrait d’être au plus près des poissons et d’y rester assez longtemps pour ne pas manquer la ponte. Il parvient ainsi à mettre au point un protocole de plongée lui permettant de passer 24 heures à 20 mètres de profondeur. Une première. Pour mener à bien cette prouesse, il a fallu des mois de tests pour arriver à un calibrage optimal pour déterminer quel serait le mélange idéal et exact de gaz dans sa bouteille d'oxygène. L’équipe a en parallèle conçu un appareil semi-circulaire sur lequel a été fixé un ensemble de stroboscopes et un faisceau lumineux continu. Un des plongeurs a alors la charge d’orienter la barre vers ce que le photographe veut prendre en photo. Tout est réuni pour lancer l’expédition.

En 2014, le photographe débute enfin son projet. Des membres de son équipe descendent à intervalles réguliers pour changer sa bouteille d'oxygène et pour éclairer l'océan de nuit. Et le pari est gagnant. Non seulement, il arrive au bon moment, mais en même temps un groupe de requins gris de récif a pointé le bout de son nez. Et quand on demande si sans équipement de protection, il a eu peur de se faire attaquer, Laurent Ballesta rétorque « nous devions être suffisamment en confiance pour rester calme, même lorsque les squales nous heurtaient, parfois si forts que nous avions des bleus. Nous étions des obstacles à leurs yeux, pas des proies ». Tout s'agite, les mérous se lancent pour pondre et les requins fondent sur eux pour en faire leur dîner. Le photographe devient alors le témoin d’un spectacle unique de la nature auquel il est l’un des premiers à assister. 

 

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