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Le coliving : la coloc’ version XXL

Photo issue de la série télévisée Friends, les personnages sont réunis autour d'une table et jouent au poker

Crédit image : Coolcoosin

 

En 2017, les prix de l’immobilier français ont subi une hausse de 3,4% par rapport au deuxième trimestre 2016. Dans un monde où tout est toujours plus cher, pas facile de vivre autrement qu’en colocation pour les jeunes professionnels qui débutent leur carrière. Rappelons aussi que la solitude touche 700 000 personnes de 18 à 30 ans en France : les millenials ne veulent donc plus vivre seuls. Pour eux, l’enjeu est de se loger à un prix abordable au sein de structures qui favorisent à la fois leur vie sociale et leur vie professionnelle. Entre flambée des prix de l'immobilier, pénurie de logements et isolement des jeunes, la tendance du coliving est assez simple à expliquer. Tout pousse cette génération à se rassembler dans ces colocations géantes à mi-chemin entre startup-villas, complexes hôteliers et résidences universitaires. Désormais, les personnes travaillent là où elles vivent, et vivent là où elles travaillent. Mais le coliving est-il une simple tendance ou un mode de vie durable ?

 

1- Le coliving : quels avantages ?

Le coliving s’adresse aux jeunes professionnels qui s’investissent dans leur carrière et qui préfèrent la location et les rapports humains à la possession matérielle. Cette génération, qui semble avoir privilégié les longues études au détriment de la vie sociale, place désormais le partage et la communion avec les autres au centre de tout. Le coliving s’adresse à tous les profils : même les introvertis et les couples seraient acceptés dans ces communautés. Ce nouveau mode de vie est aussi très flexible et sans engagement : il est possible d’y vivre au mois ou à la semaine. Pas de bail, donc moins de contraintes ! Cette façon de vivre encourage aussi la mobilité des co-livers : certaines résidences de coliving sont dédiées aux gens qui voyagent beaucoup et qui ne veulent pas d’attache. Par exemple, depuis 2013 à Saïgon, les logements GlobeTrottr, sont à l’origine d’un véritable écosystème d’expatriés qui travaillent sur place de façon temporaire tout en visitant le pays. Pour Nguyen Phuoc Long, le fondateur du coliving made in Vietnam : “Le coliving est plus que du vivre ensemble, c’est partager un mode de vie”.

coliving made in Vietnam

Crédit image : GlobeTrottr

 

Plusieurs sites tels que Remote Year ou Coliving recensent les coliving spaces disponibles dans le monde entier. Ces plateformes montrent bien qu’aujourd’hui, il n’y a nul besoin de choisir entre voyager et travailler. D’ailleurs, étymologiquement, le mot travail viendrait de l’anglais travel  !

 

2- Les Hackers Houses : quand co-working et coliving ne font plus qu’un

Pourquoi bouger de chez soi quand on peut vivre sur son lieu de travail ? Le monde de l’entreprise tend de plus en plus à faire de l’espace de travail un lieu où l’on se sent “comme à la maison” : on y installe des tables de ping pong, des consoles de jeux, des salles de gym, des douches, des hammocks, des pièces de repos, et même des toboggans.

Le grand toboggan des locaux de Google à Zurich :

Locaux Google Zurich

Crédit image : En aparté

 

Dans le film The Big Short (Adam McKay, 2015), Christian Bale interprète Michael Burry, un investisseur qui a été l’un des premiers à constater la crise des subprimes en 2007, et qui vivait dans son bureau :

Crédit vidéo : Chaîne YouTube Extractor

 

Puisque la frontière entre vie professionnelle et vie personnelle est de plus en plus floue, il n’est pas étonnant que les lieux de co-working aient fleuri partout dans le monde depuis quelques années. À l’international, il y aurait actuellement plus de 10 000 espaces de co-working / coliving. En France, on en compterait déjà plus de 360. Ce mode de vie est particulièrement avantageux pour les personnes qui travaillent en freelance et qui se sentent isolées car elles sont privées d’interactions professionnelles durant la journée. Aujourd’hui, le coliving/co-working est très apprécié par les startups pour lesquelles la vie en hacker house semble idéale.

Le phénomène des hacker houses est né aux USA au le milieu des années 2000 avec l’apparition de startups liées au déploiement d’Internet. Ces maisons regroupent des jeunes professionnels qui vivent ensemble pour se soutenir dans le développement de leurs activités entrepreneuriales. Ces personnes travaillent sur un projet commun, ou se concentrent chacune sur un projet professionnel propre. Durant la création de Facebook, Mark Zuckerberg et ses collaborateurs ont d’ailleurs habité dans une hacker house à Palo Alto en Californie pendant plusieurs mois.

La startup immobilière OpenDoor a créé sa propre hacker house californienne, l’Euclid Manor, qui réunit 12 co-livers :

OpenDoor Californie

Crédit image : OpenDoor

 

En France, la première communauté de coliving a été créée par Hacker House Paris, une startup qui prône la vie en communauté pour réaliser ses projets. Elle met à disposition plusieurs maisons dans la région parisienne, dont la SuperNanaHouse qui n’est destinée qu’aux femmes. Pour ces logements qui sont comme de grands dortoirs pour adultes, le loyer avoisine 800 euros par mois.

Maisons Hacker House Paris

Crédit image : Hacker House Paris

 

3- Tout mutualisé, tout sur place

Pour une génération qui souffre de la solitude, l’envie d’appartenir à une communauté est centrale. Et ça, les promoteurs des résidences de coliving l’ont bien compris. Ils axent leur communication sur l’idée que ce mode de vie permet d’alimenter son réseau professionnel tout en tissant des liens amicaux au quotidien. Pour les millenials, l’immédiateté est aussi primordiale. Les résidences de coliving découlent de cette génération qui, parce qu’elle a une vie professionnelle débordée, veut tout, tout de suite. Ces logements partagés concentrent donc une multitude de services au même endroit : cinémas, salles de sport, spas’, restaurants, cafés, bars… Pour se divertir, tout est là ! Certaines résidences de coliving ressemblent presque à des centres commerciaux.

Crédit image : PostAdsUK

 

Si ce mode de vie en communauté peut surprendre, rappelons que dans plusieurs pays du monde, partager son logement avec un tiers est une pratique courante. C’est par exemple le cas en Grande-Bretagne où 66% des professionnels cherchent une chambre à louer pour réduire leur loyer (à Londres, un loyer de 1410 euros est considéré comme bon marché). En plein coeur de Londres, The Collective propose plus de 500 logements dans l’Old Oak, une immense résidence de coliving. Les chambres sont relativement petites (12m2), mais l’idée est de rassembler plusieurs services pour un prix mensuel qui débute à 1200 euros et qui comprend tout : loyer, chauffage, électricité, Internet, frais de ménage, accès à la laverie. Dans cette grande colocation à l’échelle d’un immeuble, les résidents ont tout à portée de mains, même leurs amis. Pour les aider à se rapprocher, un manager organise d’ailleurs des soirées à thème régulièrement.

 

Old Oak voit le coliving londonien en grand :

Crédit image : Standard

 

Crédit vidéo : chaîne YouTube The Collective

 

Aux États-Unis, où l’on compte 53 millions de freelancers, les logements de coliving deviennent incontournables. Parmis eux, les résidences Common rassemblent pour le moment 400 membres, et proposent 14 maisons réparties à New-York, San Francisco, Chicago et Washington DC.

Common Flat New York

Crédit image : Common

 

Comme dans les auberges de jeunesse, à Manhattan et Crystal City, les chambres des résidences WeLive sont réservables au jour  :

Crédit vidéo : Chaîne YouTube VICENews


En France, le marché du coliving est encore assez restreint. À Bayonne, Lime Living Space, dont le credo est “Partage, nature, bien-être, réussite”, propose une maison en coliving de 5 chambres. Le loyer comprend tout : en plus de l’eau, de l’électricité et du chauffage, les charges de copropriété, la taxe d’habitation, le Wifi, ainsi que Netflix et Spotify sont inclus.

Lime Living Space Bayonne

Crédit image : Lime Living Space

 

Flexibilité des logements, mobilité simplifiée, réseau professionnel boosté, divertissements localisés… Même si le coliving offre beaucoup d’avantages aux jeunes professionnels et qu’il pourrait rapidement devenir une norme en France, ce mode de vie n’est plus vraiment adéquat quand on commence à fonder une famille. Paradoxalement, si les résidences de coliving assurent être créatrices de lien social, il semblerait que dans les faits elle favorisent parfois l’isolement… Un récent article du magazine Vice a dénoncé le manque d’humanité de ce genre de lieux où les interactions entre les résidents sont limitées et où les prétendues salles communes sont désertes. Le “Co-Way Of Life”, effet de mode ou véritable mode de vie ? À vous de trancher.

 

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