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Ecologie

Face au réchauffement climatique, la ville devient plus verte

Image représentant plusieurs hectares de nature au milieu d'une grande ville.

Le gratte-ciel new-yorkais horizontal imaginé par les architectes japonais Yitan Sun et Jianshi Wu, gagnants du concours eVolo Skyscraper 2016 

Crédit image : Yitan Sun

Les dernières projections climatiques sont formelles : d’ici 2100, les canicules deviendront de plus en plus fréquentes en France et atteindront des pics de chaleur de 50°C… Un chiffre qui nous incite à repenser nos modes de vie. Les agronomes réfléchissent déjà à la réorganisation des campagnes afin de cultiver des plantes nourricières qui supportent de fortes chaleurs. Mais qu’en est-il de l’adaptation des structures urbaines à ce nouveau climat ? Quand on imagine la ville de demain, on pense inévitablement aux images de Retour vers le futur ou au paysage entièrement végétal d’Avatar. Il semblerait que dans la réalité, la ville sera une sorte d’hybride, à mi-chemin entre nature luxuriante et cité technologique. Pour anticiper la généralisation du réchauffement climatique, pas d’autre option que de rendre nos logements durables. Les premiers bâtiments responsables et intelligents sont en train de voir le jour en France, notamment en région parisienne avec le projet écologique Arboretum, et à Lyon avec les logements connectés Hikari. Désormais, l’ambition de la nouvelle génération de promoteurs éco-responsables est de révolutionner l’urbanisme. Faudra t-il tout démolir pour mieux reconstruire ?

 

1 - Faire cohabiter 7,5 milliards d’urbains ? La ville verte

Il existe un paradoxe qui fait que la ville semble à la fois responsable et victime de sa propre pollution. Pourtant, si on l’accuse d’être trop polluante, la ville reste le seul système capable d’accueillir les 10 milliards de terriens que nous serons en 2050. On prévoit d’ailleurs que 75% d’entre nous vivra en ville d’ici là. Si nos modes de vies ne changent pas drastiquement, le boom démographique aura un impact néfaste sur la planète. Pour éviter le désastre écologique, la gestion des ressources devra être calculée et gérée de près. En 2012, le projet d’étude météorologique Vurca (Vulnérabilité urbaine aux épisodes caniculaires et stratégies d'adaptation), avait déjà conclu que l’étude des habitudes de consommation des français serait capitale pour l’avenir. Et c’est là que la ville intelligente et le big data interviennent. Grâce aux bâtiments connectés, on pourra par exemple enregistrer le nombre de litres d’eau qu’une personne utilise en moyenne par douche, ou le temps moyen d’utilisation des ampoules électriques par foyer. Ce genre d’information sera collecté dans une base de donnée qui permettra de déterminer les meilleures façons d’éco-consommer.

Hydrao, ou la douche connectée écologique :

Crédit vidéo : chaîne YouTube Hydrao

 

En février dernier, la série télévisée Fais-pas ci, fais pas ça s’est amusée à imaginer à quoi ressemblera la France en 2027. Selon elle, la consommation responsable sera une question centrale : le tri sélectif sera respecté à la lettre, les voitures seront toutes électriques et une quantité limite d’eau chaude quotidienne sera attribuée à chacun. D’autres séries imaginent la ville de demain sous un jour plus hostile. C’est le cas de Trepallium, la mini-série dystopique d’Arte qui montre la ville de demain comme le terrain d’inégalités sociales où les salariés actifs sont séparés des chômeurs par un mur qui symbolise la ségrégation… D’un côté du mur, les riches profitent de systèmes écologiques et technologiques dernier cri et de l’autre, les pauvres vivent dans “l’ancien monde”.

Trepallium, la série qui imagine la ville de demain sous un jour dystopique :

Crédit vidéo : Chaîne Youtube Arte

 

Que la ville du futur soit radieuse ou non, une chose est sûre : elle devra mettre en place des stratégies globales afin d’être éco-responsable. Pour Nicolas Hulot, ministre de la transition écologique et solidaire, il faut “préférer le sursaut au sursis” en matière écologique, c’est-à-dire qu’il faut prendre conscience de l’imminence du problème dès aujourd’hui pour éviter le désastre plus tard. Il précise même : "Au rythme où nous vivons, il faudrait presque une planète de plus pour satisfaire nos besoins"... Il semble donc urgent de consommer écologique et de construire responsable.

 

2- Ville de Paris : objectif végétalisation urbaine de masse

Les chercheurs étudient les scénarios théoriques d’adaptation de la ville au réchauffement climatique depuis la terrible canicule de 2003. Le projet Épicea (Etude pluridisciplinaire des impacts du changement climatique à l'échelle de l'agglomération parisienne), mené par Météo-France en 2012, s’est particulièrement penché sur la simulation de canicules sur l’espace urbain. Suite à ce projet, un programme de végétalisation de la ville a été lancé par la Mairie de Paris en 2014. Son but est de végétaliser les façades et les toitures des bâtiments pour retenir les eaux pluviales, améliorer la qualité de l’air, renforcer l’isolation thermique des logements et mettre en place l’opération “Du vert près de chez moi”, qui incite les Parisiens à recenser les lieux qui pourraient accueillir de la végétalisation. L’ambition du programme est d’étendre la végétalisation sur 100 hectares dans Paris d’ici 2020. Pour ce faire, la Ville de Paris végétalise massivement les bâtiments municipaux tels que les écoles ou les bibliothèques et aide les partenaires privés afin qu’ils mettent leurs bâtiments à l’heure verte.

Soucieuse de la biodiversité, la Ville de Paris offre des arbres aux Parisiens grâce au  dispositif “Un arbre dans mon jardin”. Pour obtenir votre arbre, rien de plus simple, il suffit de remplir un formulaire :

Crédit image : Biodiv’ille

 

Un jardin partagé dans le 19ème arrondissement de Paris :

jardin partagé à Paris

Crédit image : La ruta natural

 

3- Architecture durable :  concilier ville du futur et patrimoine culturel  

Grâce à tous ces projets, les grandes villes de demain seront définitivement plus vertes, mais l’enjeu principal de l’architecture urbaine du futur sera de faire cohabiter l’ancien et le moderne. Va t-on faire le pari de conserver nos monuments historiques en l’état ou va t-on décider de les “écologiser” à leur tour ? Imaginez le Louvre avec une façade végétale ou l’Arc-de-Triomphe avec une toiture en panneaux solaires ! Plus sérieusement, l’idée est de garder l’apparence extérieure des monuments en les rendant plus écologiques, de façon quasi invisible. D’ailleurs, la transition écologique de nos monuments les plus célèbres a déjà eu lieu. Saviez-vous par exemple que depuis 2015, la Tour Eiffel a des éoliennes cachées à son deuxième étage, qui sont presque imperceptibles à l’oeil ? Ces dernières produisent l’électricité nécessaire à l’éclairage du magasin du premier étage de la tour.

Le Tour Eiffel et ses éoliennes presque invisibles :

éoliennes tour Eiffel

Crédit image : Presse Tour Eiffel

 

Crédit image : Clubic

 

La Tour Montparnasse, gratte-ciel pour l’instant mal-aimé des Parisiens, va aussi subir un profond lifting écologique à partir de 2019. Elle sera transparente, lumineuse et végétalisée. De quoi faire respirer le panorama !

Crédit image : Egis

 

À l’international, l’éco-métamorphose urbaine est aussi une réalité. En Espagne, la célèbre basilique de la Sagrada Familia est devenue plus écologique grâce à son parquet en bois équitable et son éclairage LED basse consommation. À New York, on parlerait même de reconstruire l’Empire State Building en bois ! Lors d’un TED Talk, Michael Green, un architecte américain pro-écologie, a en effet expliqué que les grattes-ciels en bois seraient la solution pour distribuer davantage d’oxygène dans l’atmosphère et lutter contre les rejets de CO2 actuellement générés par les bâtiments traditionnels. Serions-nous prêts à détruire nos monuments existants pour les rebâtir de façon plus écologique ?

Crédit vidéo : Chaîne YouTube TED


Outre cette envisageable éco-destruction responsable, les monuments écologiques de demain sont une véritable source de créativité pour les architectes du monde entier. Le concours annuel eVolo Skyscraper donne une idée de ce à quoi ils pourraient ressembler.

Les gratte-ciels du futur, imaginés par les lauréats de l’eVolo Skyscraper Competition 2017 :

gratte-ciels du futur

Crédit image : Gypsy Ninja


Entre éco-rénovation de l’ancien et innovation urbaine durable, tout indique que le réchauffement climatique sera au coeur des villes de demain. Contre toute attente, l’exposition Paris Haussmann - Modèle de ville, qui s’est achevée en mai dernier au Pavillon de l’Arsenal, a démontré que l’architecture parisienne imaginée au XIXème siècle serait la clé de l’urbanisation du futur. Effectivement, les bâtiments haussmanniens dont la lourde consommation énergétique était jusqu’alors pointée du doigt, offriraient une véritable versatilité en matière écologique. Leur équilibre plein-vide ainsi que leur mitoyenneté rendraient leur mutation éco-responsable relativement aisée. À l’heure où l’écologie est la condition de notre salut, la durabilité de la ville du futur résiderait donc dans l’architecture du passé.

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