FOTODEMIC, une publication en ligne financée par la Meero Foundation

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8 juin 2020 par Joy Habib
5 MIN

Que faire lorsqu’on est photographe en période de crise mondiale ? On combat ce sentiment d’isolement et de d’impuissance en soutenant d’autres artistes qui placent la situation actuelle au coeur de leurs travaux et de leurs réflexions. C’est ainsi que les créateurs de FOTODEMIC, un groupe d’anciens étudiants de l’ICP venus des quatres coins du globe, ont choisi de réagir à la pandémie. Quatre semaines de visioconférences organisées en dépit du décalage horaire plus tard, le site de FOTODEMIC a vu le jour : une plateforme pour les artistes émergents qui porte un regard innovant sur les événements actuels.

Chez Meero, nous sommes touchés par cette initiative. La Meero Foundation nous permet de soutenir une photographie impactante et utile dans un monde de plus en plus saturé d’images. « Au cours de la pandémie de COVID-19, nous ne souhaitons pas inciter les photographes à sortir de chez eux et à se mettre en danger », explique Maxime Riché, Head of Photography chez Meero. « Nous faisons le choix de soutenir une initiative qui ne s’appuie pas sur des images sensationnalistes pour documenter la situation sanitaire actuelle. Nous voulons plutôt mettre en lumière des projets positifs qui ouvrent le débat sur ce qu’il pourrait se passer une fois que la situation sera revenue à la normale. En choisissant FOTODEMIC, nous pouvons soutenir des artistes Européens qui créent des projets innovants avec un impact positif. »

Nous avons célébré le lancement de la Meero Foundation et son soutien à FOTODEMIC en rencontrant trois des membres fondateurs  du projet: Rafaella Castagnola, Zoe Freilich and Alexey Yurenev. Ils nous ont parlé des motivations qui ont porté FOTODEMIC.

Trouver un espace commun en période d’isolement

En imaginant un endroit qui permettrait aux artistes de l’image et documentaristes de publier leurs productions, Fred Ritchin, doyen émérite de l’ICP, a rassemblé un groupe de jeunes diplômés qui partageaient un même sentiment d’impuissance pendant la pandémie. « Nous avons commencé par nous demander ce que nous pouvions faire en tant que créateurs d’image », explique Zoé. Au début, le groupe communiquait par visioconférence tous les deux jours, afin d’élaborer différentes actions à mener pour avoir un impact positif.

Pour Alexey, la force de ce projet réside dans l’esprit de collaboration : « Une seule personne ne peut pas faire grand chose toute seule. C’est la première fois que nous partageons une expérience aussi intense à l’échelle mondiale. » En ce qui concerne le thème du site, le groupe s’est mis d’accord pour diffuser des expérimentations de stratégies visuelles innovantes en se saisissant des sujets qui ne sont pas souvent traités. « L’idée est d’essayer de trouver d’autres dimensions à un monde qui semble de plus en plus plat, parce que nous projetons toutes nos communications sur des écrans. Nous avons tendance à répliquer le monde réel à l’identique sur internet et à recréer les habitudes que nous avions avant le confinement. Ce n’est pas le cas de FOTODEMIC, qui permet des formes de narration non-linéaires en expérimentant des stratégies visuelles qui ne sont pas conventionnelles, telles que l'animation et le graphisme. »

L’évolution du rôle des créateurs d’images

Les membres fondateurs de FOTODEMIC partagent tous un sens aigu de leur responsabilité. Ils ont conscience que leur rôle en tant que créateurs d’images évolue dans ce contexte de crise, alors que la plupart des contenus visuels que nous consommons sont anxiogènes. « Notre objectif est de  nous éloigner de la théâtralisation du désastre. Nous avons remarqué  que les médias ont tendance à fétichiser la catastrophe mondiale. Nous essayons plutôt de montrer la complexité de cette expérience que les gens ont vécue » , dit Alexey. Pour Rafaella, le rôle principal de FOTODEMIC est d’offrir une réponse alternative aux questions actuelles  : « Nous avons besoin de documenter cette période de l’histoire. Mais nous ne pouvons pas compter sur les médias, au risque de passer à côté de l’expérience personnelle, de l’univers intérieur des gens. Nous sommes dans une période de l’histoire où la vie des gens est en train de changer. »

Tirer les enseignements de la pandémie

« Notre plus grande peur pour le monde d’après ? Sortir de cette crise sans n’en avoir rien appris », dit Zoé. C’est pourquoi le projet FOTODEMIC rassemble des travaux tels que Kagerou par Yusuke Takagi, qui porte sur la survie après le désastre de Fukushima et la gestion d’une catastrophe environnementale. Flowers de Federico Pestilli est un autre projet qui apporte une réflexion sur le monde que nous avons créé, une métaphore de notre époque. En mettant en avant ces projets qui mélangent différents moyens d’expression, en incluant l’audio, la poésie, et l’illustration, l’équipe de FOTODEMIC espère insuffler de nouvelles façons de penser, pour réfléchir sur la manière dont notre société fonctionnait et pour imaginer un monde meilleur à construire ensemble.

Un message d’espoir 

En ce qui concerne l’avenir de FOTODEMIC après la pandémie, l’équipe a l’intention de porter le projet dans le monde physique, lorsque ce sera possible. Ils prévoient à plus long terme d’organiser des sessions de discussions, des rencontres et des expositions. Pour l’instant les fonds de Meero leur permettent de se concentrer sur le lancement de leur plateforme et de soutenir financièrement des artistes européens. Alexey le souligne : « Une fois que la pandémie sera terminée, nous continuerons à nous questionner, en apportant de nouvelles perspectives et des idées. Nous voulons être plus proactifs et faire un FOTODEMIC un lieu qui donne de l’espoir ! »

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